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    Les séries ont-elles changé notre rapport au cinéma ?

    Loris Demonti 19 mars 2026
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    Depuis les années 2000, l’univers des séries se développe considérablement, impactant nos habitudes de consommation. Mais comment ce changement se répercute sur le monde du cinéma et sur notre rapport à ce dernier ?

    Pendant longtemps, la hiérarchie semblait claire : le cinéma occupait le sommet de la création audiovisuelle, tandis que la télévision proposait des séries considérées comme un divertissement plus léger. En quelques années, ce rapport s’est profondément transformé. L’essor des plateformes de streaming, la qualité croissante de la production télévisuelle et l’évolution des habitudes de visionnage ont contribué à brouiller les frontières entre ces deux formes de narration.

    Alors, les séries ont-elles réellement changé notre rapport au cinéma ? La réponse est nuancée, mais une chose est certaine : elles ont profondément redéfini notre manière de consommer les créations audiovisuelles.

    L’un des changements majeurs apporté par les séries concerne le temps narratif. Les séries ne sont pas limitées par le temps, ce qui permet de développer ses personnages sur plusieurs saisons, représentant de très nombreuses heures de visionnage, là où un film ne dépassera que très rarement les trois heures. Ce format plus long permet une construction psychologique plus détaillée des personnages, des arcs narratifs complexes et une exploration plus approfondie des univers fictionnels. Ainsi, les spectateurs s’habituent à suivre des histoires sur la durée, parfois pendant plusieurs années. Une immersion prolongée qui modifie leurs attentes et pousse le cinéma à changer.

    Le cinéma doit s’adapter

    Face à ce succès, le cinéma intègre certaines logiques des séries. Les univers étendus, les sagas et les franchises sont devenus des piliers de l’industrie. Le principe est simple : créer un monde narratif capable de se prolonger sur plusieurs films, à la manière des saisons d’une série. Cette stratégie permet de fidéliser le public et de développer des personnages sur le long terme. Le Marvel Cinematic Universe en est un très bon exemple, depuis 2008, 37 films sont sortis, constituant 2 sagas, elles-mêmes constituées de 5 parties. Une grande différence peut cependant être faite, là où une série ne se concentrera que sur quelques personnages importants sans vraiment en changer du début à la fin, les univers étendus du cinéma sont beaucoup plus larges et ils auront beaucoup plus de personnages considérés comme importants avec une forte rotation de ces derniers. 

     

    Le cinéma d’auteur n’échappe pas à cette logique, et l’on peut parfois observer des récits plus fragmentés, des structures en chapitres ou des personnages récurrents qui rappellent la logique sérielle. 

    Une autre transformation importante est la circulation des créateurs. De plus en plus de réalisateurs, scénaristes et acteurs naviguent entre cinéma et séries. Ce phénomène a contribué à faire évoluer la perception artistique des séries. Certaines productions télévisées bénéficient désormais de moyens visuels et narratifs comparables à ceux du cinéma : photographie sophistiquée, réalisation ambitieuse, bande-son élaborée.

    Rivalité ou complémentarité ?

    Mais la véritable révolution se situe peut-être du côté du public. Les plateformes ont introduit une nouvelle habitude : le binge-watching, cette pratique qui consiste à regarder plusieurs épisodes d’une série à la suite. Cette consommation intensive modifie notre rapport au récit : on s’attache plus longtemps aux personnages, on explore un univers narratif de manière immersive, on développe une relation plus intime avec la fiction. À côté de cette expérience domestique prolongée, le cinéma en salle conserve cependant un avantage unique : l’expérience collective. Le grand écran, la projection et le partage des émotions avec d’autres spectateurs restent des éléments que la série, souvent regardée chez soi, ne peut totalement reproduire.

    Plutôt qu’une concurrence frontale, on observe aujourd’hui une complémentarité entre cinéma et séries. Les séries permettent d’explorer des récits au long cours, tandis que le cinéma continue d’offrir une expérience condensée, souvent plus intense et visuellement spectaculaire. Au fond, ces deux formes participent d’un même mouvement : raconter des histoires à travers l’image. Et si les séries ont transformé notre rapport au cinéma, elles ont aussi contribué à enrichir l’ensemble du paysage audiovisuel. Le spectateur, lui, n’a jamais eu autant de récits à découvrir.

    Loris Demonti

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